Saint Gontran et la liberté intérieure

Saint Gontran, saint patron des adultères et des meurtriers, était un homme de son temps avant de devenir un saint. Il agissait donc comme « on » agissait à son époque, dans son milieu social. Il vivait aussi sous la domination de diverses passions, pulsions, intérieures : l’instinct de survie, la pulsion sexuelle. Un jour il se convertit au Christ et fut libéré de ces chaînes…

La notice donnée sur le site Nominis :

« Petit-Fils de Clovis et roi de Bourgogne, il connut cette époque féroce et cruelle où la reine Frédégonde fit assassiner sa sœur, son beau-frère, son mari et l’évêque Prétextat. Clotaire II fit périr Brunehaut, reine d’Austrasie, en l’attachant à un cheval au galop. Lui-même, saint Gontran fit bien quelques écarts dans la fidélité conjugale, répudia sa femme, en vint à tuer son médecin, crimes qu’il ajoutait à bien d’autres. Et puis, il se convertit, pleura ses péchés pendant le reste de sa vie, racheta ses fautes par ses grandes libéralités envers les pauvres, qui le surnommèrent « le bon roi Gontran ». Vers la fin de sa vie, il entra au monastère Saint Marcel de Chalon sur Saône. Peu après sa mort, il fut proclamé saint par son peuple. »

La liberté n’est donc pas d’abord le résultat d’un combat contre des puissances extérieures à nous qui nous dominerait, mais un combat intérieure contre des puissances intérieures ou intériorisées qui nous enchaînent.

Origène,  père de l’Eglise du 3ème siècle, l’a signalé dans cet extrait d’une homélie sur le livre de l’Exode où Dieu libère Israël de l’esclavage en Egypte. N’est pas libre celui qui est esclave de son temps, esclave de l’argent, esclave de sa libido, esclave du désir qu’on pense du bien de lui :

Homélie 12 sur le Livre de l’Exode[8] :

« Comment trouver la liberté quand on est esclave du siècle, esclave de l’argent, esclave des désirs de la chair ? Moi, pour l’instant, je dis : tant que je suis l’esclave de l’une de ces choses, je ne suis pas converti au Seigneur ; et je n’ai pas atteint la liberté tant que m’étreignent de telles affaires et de tels soucis.
De l’affaire et du souci qui m’enchaînent, je suis l’esclave ; car je sais qu’il est écrit : On est esclave de ce qui vous domine (2 P 2. 19 [archive]). Même si l’amour de l’argent ne me domine pas, que le souci des possessions et des richesses ne m’oppresse pas, je suis quand même avide de louange ; et j’aspire à la gloire humaine, si je cherche à voir, aux visages et aux paroles des gens, ce qu’un tel pense de moi – quelle estime un tel m’accorde-t-il ? Est-ce que je ne déplais pas à un tel ? Est-ce que je plais à un tel ? tant que je me pose ces questions, j’en suis l’esclave.
Je voulais du moins faire en sorte de pouvoir devenir libre, de pouvoir m’affranchir du joug de cet esclavage honteux et parvenir à la liberté, selon l’avertissement de l’Apôtre : C’est à la liberté que vous avez été appelés, ne vous rendez pas esclaves des hommes (Ga 5. 13 [archive] ; 1 Co 7. 23 [archive]). Mais qui me procurera cet affranchissement ? Qui me délivrera de cet esclavage très honteux, sinon celui qui a dit : Si le Fils vous rend libres, réellement vous serez libres ? »

— Origène, Homélie 12 sur l’Exode, 4, trad. M. Borret, Sources Chrétiennes 321, Cerf, 1985, p. 369-371.

Saint Ignace de Loyola développe une idée analogue dans le Principe et Fondement des Exercices Spirituels :

« L’homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu, notre Seigneur, et, par ce moyen, sauver son âme. Et les autres choses qui sont sur la terre sont créées à cause de l’homme et pour l’aider dans la poursuite de la fin que Dieu lui a marquée en le créant. D’où il suit qu’il doit en faire usage autant qu’elles le conduisent vers sa fin, et qu’il doit s’en dégager autant qu’elles l’en détournent. Pour cela, il est nécessaire de nous rendre indifférents à l’égard de tous les objets créés, en tout ce qui est laissé au choix de notre libre arbitre et ne lui est pas défendu; en sorte que, de notre côté, nous ne voulions pas plus la santé que la maladie, les richesses que la pauvreté, l’honneur que le mépris, une longue vie qu’une vie courte, et ainsi de tout le reste ; désirant et choisissant uniquement ce qui nous conduit plus sûrement à la fin pour laquelle nous sommes créés ».